Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/138

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À part.

— Leurs têtes, veux-je dire ; oh ! comme cette vilenie — m’enivre de sa seule idée ! — Que les fous fassent le bien, et que les hommes blancs invoquent la grâce ! — Aaron veut avoir l’âme aussi noire que la face.

Il sort.

TITUS, s’agenouillant.

— Oh ! j’élève vers le ciel cette main unique, — et j’incline cette faible ruine jusqu’à terre ; — s’il est une puissance qui ait pitié des misérables larmes, — c’est elle que j’implore…

À Lavinia qui s’agenouille près de lui.

— Quoi ! tu veux t’agenouiller avec moi ! — Fais-le donc, cher cœur ; car le ciel entendra nos prières, — ou avec nos soupirs nous assombrirons le firmament, — et nous ternirons le soleil de leur brume, comme parfois les nuages, — quand ils l’enferment dans leur sein fluide.


MARCUS.

— Ah ! frère, parle raisonnablement, — et ne te précipite pas dans l’abîme du désespoir.


TITUS.

— Mon malheur n’est-il pas un abîme, lui qui est sans fond ? — Que mon affliction soit donc sans fond comme lui.


MARCUS.

— Mais du moins que la raison gouverne ta désolation.


TITUS.

— S’il y avait une raison pour de pareilles misères, — alors je pourrais contenir ma douleur dans des limites. — Quand le ciel pleure, est-ce que la terre n’est pas inondée ? — Si les vents font rage, est-ce que l’Océan ne devient pas furieux ? — Est-ce qu’il ne menace pas le ciel de sa face écumante ? — Et tu veux une raison à ces lamentations !

Montrant Lavinia.