Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/143

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mentent sur ses joues. — Muette plaignante, j’étudierai ta pensée ; — je serai aussi exercé à tes gestes silencieux — que les ermites mendiants à leurs saintes prières. — Tu ne pousseras pas un soupir, tu ne lèveras pas tes moignons au ciel, — tu ne feras pas un clignement d’yeux, un mouvement de tête, une génuflexion, un signe, — que je n’en torde un alphabet — et que je n’apprenne, par une incessante pratique, à connaître ton idée.


LE JEUNE LUCIUS, les larmes aux yeux.

— Bon grand-père, laisse-là ces lamentations amères ; — égaie ma tante par quelque joyeux récit.


MARCUS.

— Hélas ! le tendre enfant, ému de compassion, — pleure de voir la douleur de son grand-père.


TITUS.

— Calme-toi, tendre rejeton ; tu es fait de larmes, — et ton existence serait bien vite fondue dans les larmes.

Marcus frappe un plat avec son couteau.

— Que frappes-tu, Marcus, avec ton couteau ?


MARCUS.

— Un être que j’ai tué, monseigneur, une mouche !


TITUS.

— Malheur à toi, meurtrier ! tu assassines mon cœur ! — Mes yeux sont fatigués de la vue de la tyrannie. — Un acte de mort, commis sur un innocent, — ne sied pas au frère de Titus… Va-t’en ; — je vois que tu n’es pas à ta place en ma compagnie.


MARCUS.

— Hélas ! monseigneur, je n’ai fait que tuer une mouche.


TITUS.

— Mais si cette mouche avait son père et sa mère ! — Comme ils iraient partout étendant leurs délicates ailes d’or — et bourdonnant dans l’air leurs lamentations ! — Pauvre mouche inoffensive, — qui était venue ici pour nous égayer — avec son joli et mélodieux murmure, et tu l’as tuée !…