Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/147

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TITUS.

— Lavinia, chère fille, aurais-tu été ainsi surprise, — violée, outragée, comme le fut Philomèle, — forcée dans les vastes forêts impitoyables et sinistres ? — Voyons ! voyons ! — Oui, il y a un endroit comme cela !… L’endroit où nous avons chassé — (oh ! plût au ciel que nous n’eussions jamais, jamais chassé là !) — est comme celui que le poëte décrit ici, — disposé par la nature pour le meurtre et pour le viol.


MARCUS.

— Oh ! pourquoi la nature édifie-t-elle un antre aussi affreux, — si les dieux ne prennent pas plaisir aux tragédies ?


TITUS.

— Fais-nous signe, chère fille… Il n’y a ici que des amis… — Quel est le seigneur romain qui a osé commettre le forfait ? — Saturninus se serait-il dérobé, comme jadis Tarquin, — qui abandonna son camp pour déshonorer le lit de Lucrèce ?


MARCUS.

— Assieds-toi, douce nièce… Frère, asseyez-vous près de moi… — Apollon, Pallas, Jupiter, Mercure, — inspirez-moi, que je puisse découvrir cette trahison ! — Monseigneur, regardez ici… Regarde ici, Lavinia.

Il écrit son nom sur le sable avec son bâton qu’il dirige avec ses pieds et sa bouche.

— Ce terrain sablé est uni ; dirige, si tu peux, — ce bâton, comme moi. J’ai écrit mon nom, — sans le secours de mes mains. — Maudit soit dans l’âme celui qui nous a forcés à cet expédient ! — Écris, ma bonne nièce, et révèle enfin ici — ce que Dieu veut rendre manifeste pour le châtiment. — Que le ciel guide ton burin de manière à impri-