Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/166

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SATURNINUS.

— Le belliqueux Lucius est général des Goths ! — Cette nouvelle me glace ; et je penche la tête — comme les fleurs sous la gelée, comme l’herbe battue de la tempête. — Oui, maintenant nos malheurs approchent : — c’est lui que les gens du peuple aiment tant ; — moi-même je leur ai souvent ouï dire, — quand je me promenais comme un simple particulier, — que le bannissement de Lucius était injuste ; — et ils souhaitaient que Lucius fût leur empereur.


TAMORA.

— Pourquoi vous alarmer ? Votre cité n’est-elle pas forte ?


SATURNINUS.

— Oui, mais les citoyens favorisent Lucius, — et me déserteront pour le secourir.


TAMORA.

— Roi, que ton esprit soit impérial, comme ton nom. — Le soleil s’obscurcit-il, si des mouches volent dans ses rayons ? — L’aigle souffre que les petits oiseaux chantent, — sans se soucier de ce qu’ils veulent dire, — sachant bien qu’avec l’ombre de ses ailes — il peut à plaisir couper court à leur mélodie ; — de même tu peux faire taire les étourdis de Rome. — Rassure donc tes esprits ; car sache, ô empereur, — que je vais enchanter le vieil Andronicus — par des paroles plus douces, mais plus dangereuses — que ne l’est l’amorce pour le poisson et le trèfle mielleux pour la brebis : — l’un est blessé par l’amorce, — l’autre est étouffé par une délicieuse pâture.


SATURNINUS.

— Mais Titus ne voudra pas supplier son fils en notre faveur.


TAMORA.

— Si Tamora l’en supplie, il le voudra ; — car je puis caresser son grand âge, en l’accablant — de promesses dorées ; et son cœur serait — presque imprenable, sa vieille