Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/170

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AARON.

— Si ce que je dis te satisfait ! Ah ! je t’assure, Lucius, — que ce que j’ai à dire te navrera dans l’âme ; — car j’ai à te parler de meurtres, de viols, de massacres, — d’actes de ténèbres, de forfaits abominables, — de complots, de perfidies, de trahisons, de crimes, — lamentables a entendre, impitoyablement exécutés. — Et tout cela sera enseveli dans ma tombe, — si tu ne me jures que mon enfant vivra.


LUCIUS.

— Dis ton secret ; je déclare que ton enfant vivra.


AARON.

— Jure-le, et alors je commence.


LUCIUS.

— Par quoi jurerai-je ? Tu ne crois pas à un Dieu : — cela étant, comment peux-tu croire à un serment ?


AARON.

— Qu’importe que je ne croie pas à un Dieu ! en effet je n’y crois pas ; — mais je sais que toi, tu es religieux, — que tu as en toi une chose appelée conscience, — et que tu es entiché de vingt momeries et cérémonies papistes, — que je t’ai vu soigneux de pratiquer ; — voilà pourquoi je réclame ton serment… En effet, je sais — qu’un idiot prend son hochet pour un dieu, — et tient le serment qu’il fait par ce dieu-là : — eh bien, je réclamerai de lui ce serment… Donc tu vas jurer, — par le dieu, quel qu’il soit, — que tu adores et que tu révères, — de sauver mon enfant, de le nourrir, et de l’élever ; — sinon, je ne te révèle rien.


LUCIUS.

— Par mon dieu, je te jure de le faire.


AARON.

— D’abord, sache que j’ai eu cet enfant de l’impératrice.


LUCIUS.

— Ô femme d’insatiable luxure !