Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/171

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AARON.

— Bah, Lucius ! ce n’était qu’un acte de charité, — en comparaison de ce que je vais t’apprendre. — Ce sont ses deux fils qui ont assassiné Bassianus ; — ils ont coupé la langue de ta sœur, l’ont violée, — lui ont coupé les mains, et l’ont dressée comme tu as vu.


LUCIUS.

— Oh ! détestable coquin ! tu appelles cela dresser.


AARON.

— Eh ! mais elle a été lessivée, dépecée et dressée ; et ce dressement même, a été tout plaisir pour ceux qui s’en sont chargés.


LUCIUS.

— Oh ! barbares ! monstrueux coquins, comme toi-même !


AARON.

— Effectivement, j’ai été leur maître, et c’est moi qui les ai instruits. — Cette ardeur lascive, ils la tiennent de leur mère, — aussi sûrement qu’il y a une carte qui doit faire la levée ! — Cette disposition sanguinaire, je crois qu’ils l’ont prise de moi, — aussi vrai qu’un bon chien attaque toujours de front. — Au fait, que mes actes témoignent de mon talent. — J’ai guidé tes frères à cette fosse insidieuse — où gisait le cadavre de Bassianus ; — j’ai écrit la lettre que ton père a trouvée, — et j’ai caché l’or mentionné dans la lettre, — d’accord avec la reine et ses deux fils. — Quel est l’acte dont tu aies eu à gémir, — auquel je n’ai pas eu une part fatale ? — J’ai fait une imposture pour avoir la main de ton père ; — et, dès que je l’ai eue, je me suis mis à l’écart, — et mon cœur a failli se rompre à force de rire. — J’épiais par la crevasse d’une muraille, — au moment où, en échange de sa main, il a reçu les têtes de ses deux fils ; — je regardais ses larmes, et je riais de si bon cœur — que mes yeux étaient aussi mouillés que les siens ; — et