Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/172

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quand j’ai raconté cette farce à l’impératrice, — elle s’est presque pâmée à mon amusant récit, — et, pour mes renseignements, m’a donné vingt baisers.


UN GOTH.

— Quoi ! tu peux raconter tout cela, et ne pas rougir !


AARON.

— Si fait ! je rougis comme le chien noir du proverbe.


LUCIUS.

— Après tous ces actes odieux, tu n’as pas un regret !


AARON.

— Oui, le regret de n’en avoir pas fait mille autres. — En ce moment même, je maudis le jour (tout en étant convaincu — que bien peu de jours sont sous le coup de ma malédiction) — où je n’ai pas commis quelque méfait notoire : — comme de tuer un homme, ou du moins de machiner sa mort ; — de violer une vierge, ou de comploter dans ce but ; — d’accuser quelque innocent, et de me parjurer ; — de soulever une inimitié mortelle entre deux amis ; — de faire que les bestiaux des pauvres gens se rompent le cou ; — de mettre le feu aux granges et aux meules la nuit, — pour dire aux propriétaires de l’éteindre avec leurs larmes. — Souvent j’ai exhumé les morts de leurs tombeaux, — et je les ai placés debout à la porte de leurs plus chers amis, — au moment où la douleur de ceux-ci était presque éteinte ; — et sur la peau de chaque cadavre, comme sur l’écorce d’un arbre, — j’ai avec mon couteau écrit en lettres romaines : — « Que votre douleur ne meure pas, quoique je sois mort. » — Bah ! j’ai fait mille choses effroyables — aussi tranquillement qu’un autre tuerait une mouche ; — et rien ne me navre le cœur — comme de ne pouvoir en faire dix mille de plus.


LUCIUS.

— Faites descendre le démon ; car il ne faut pas qu’il