Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/188

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reçois ce baiser brûlant sur tes lèvres pâles et froides !

Il embrasse Titus.

— Reçois sur ton visage sanglant ces larmes douloureuses, — dernier et sincère hommage de ton noble fils !


MARCUS, se penchant sur le cadavre.

— Larmes pour larmes, baisers pour baisers d’amour ! — Ton frère Marcus prodigue tout cela à tes lèvres. — Ah ! quand le tribut de baisers que je te dois — serait illimité et infini, je voudrais encore le payer !


LUCIUS, à son fils.

— Viens ici, enfant ; viens, viens, et apprends de nous — à fondre en larmes. Ton grand-père t’aimait bien. — Que de fois il t’a fait danser sur son genou, — et t’a bercé sur sa poitrine aimante, devenue ton oreiller ! — Que de récits il t’a contés — qui convenaient et plaisaient à ton enfance ! — En reconnaissance, comme un fils affectueux, — laisse tomber quelques petites larmes de ton tendre printemps, — car c’est ce que te demande la bonne nature ; — les parents s’associent aux parents dans le chagrin et le malheur ; — dis-lui adieu, confie-le à la tombe, — donne-lui ce gage de tendresse, et prends congé de lui.


LE JEUNE LUCIUS.

— Ô grand-père, grand-père ! c’est de tout mon cœur — que je voudrais mourir, pour que vous revinssiez à la vie !… — Ô seigneur, je ne puis lui parler à force de sangloter ; — mes larmes m’étouffent, si j’ouvre la bouche.

Entrent des serviteurs amenant Aaron.

PREMIER ROMAIN.

— Vous, tristes Andronicus, finissez-en avec les calamités. — Prononcez l’arrêt de cet exécrable scélérat, — qui a été le promoteur de ces terribles événements.