Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/213

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tez ainsi : vous prenez toute la place avec vos grandes jambes. Peuh ! vous ne m’effraierez pas avec ça ; je n’ai pas peur des sorciers ni des loups-garous.

Le père enlève son enfant par le pan de sa longue robe et le tient d’une main, tandis que de l’autre il tire son poignard.

LE MARI.

En l’air ! monsieur, car ici-bas vous n’avez plus d’héritage.


L’ENFANT.

Oh ! qu’est-ce que vous voulez, père ? Je suis votre enfant blond.


LE MARI.

Tu seras mon enfant rouge, alors ; à toi ceci !

Il le frappe.

L’ENFANT.

Oh ! vous me faites mal, père.


LE MARI.

— Mon mendiant aîné, — je ne veux pas que tu vives pour demander du pain à un usurier, — pour geindre à la porte d’un grand seigneur où pour suivre — un carrosse en criant : Votre excellence est si bonne ! Non, ni toi, ni ton frère ! — Il y a charité à vous broyer la cervelle.


L’ENFANT.

Comment ferai-je pour apprendre, maintenant que j’ai la tête brisée ?


LE MARI, poignardant l’enfant.

Saigne ! saigne ! — plutôt que de mendier ! Ne sois pas le déshonneur de ton nom. — Sois le premier à repousser ta fortune, si elle doit être infâme. — Allons voir ton second frère à présent. Ô destins ! le sang de mes enfants — éclaboussera votre face. Vous verrez — avec quelle assurance nous narguons la misère.

Il sort traînant son enfant.