Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/222

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PREMIER GENTLEMAN.

Les voici.

Entrent le maître de collège et les autres, avec le prisonnier.

LE CHEVALIER.

— Le serpent de sa maison ! Je souffre — pour cette fois d’être à la place du juge.


LE MAÎTRE DE COLLÈGE.

Daignez, seigneur…


LE CHEVALIER.

— Ne répétez pas deux fois l’horrible chose ; je n’en sais que trop. — Plût au ciel qu’elle ne fût jamais entrée dans une pensée humaine ! Monsieur, vous me faites saigner le cœur.


PREMIER GENTLEMAN.

— La douleur de votre père est vivante en moi. — Qui vous a poussé à cette monstrueuse cruauté ? —


LE MARI.

Soyons bref, monsieur. J’avais dévoré tout mon bien, perdu au jeu toutes mes terres, et j’ai pensé que la plus charitable action que je pusse faire, était de duper la misère et de frapper ma maison à la tête.


LE CHEVALIER.

— Oh ! quand vous serez de sang-froid, vous vous en repentirez.


LE MARI.

— Je me repens en ce moment, et c’est d’en avoir laissé un vivant, — mon marmot en nourrice. Je l’aurais bien volontiers sevré.


LE CHEVALIER.

— Soit. Je ne puis m’empêcher de croire qu’après le jugement qui sera prononcé demain, — la terreur pénétrera dans votre âme, — alors que la redoutable pensée de la mort vous rappellera à vous-même. — Pour hâter cette