Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/225

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LA FEMME.

— Sois sûr que tu ne mourrais pas pour toutes ces fautes, — si la loi pouvait pardonner aussi promptement que moi.

On expose sur le seuil de la maison les enfants assassinés.

LE MARI.

— Que vois-je là-bas ?


LA FEMME.

Oh ! ce sont nos deux enfants — qu’on a déposés tout sanglants sur le seuil.


LE MARI.

— Voilà une charge suffisante pour faire éclater toutes les cordes du cœur. — Oh ! s’il était permis que vos jolies âmes — regardassent du haut du ciel dans les yeux de votre père, — vous en verriez le cristal se fondre dans le repentir, — vous verriez votre double meurtre ruisseler sur mes joues ! — Mais vous êtes à jouer sur les genoux des anges, — et vous ne voulez pas me regarder, moi qui, privé de la grâce, — vous ai tués par misère. — Oh ! si mes désirs pouvaient être exaucés maintenant, — je voudrais vous voir revivre encore, — dussé-je, ce que je craignais tant, demander l’aumône avec vous. — Oh ! c’était le démon qui m’aveuglait ainsi. — Oh ! puissiez-vous prier le ciel de me pardonner — afin que je vive dans le repentir jusqu’à mon heure dernière.


LA FEMME.

— J’oublie toute autre douleur — pour m’absorber dans celle-ci.


UN OFFICIER.

Allons ! voulez-vous venir ?


LE MARI.

~ Je veux baiser le sang que j’ai répandu, et puis je partirai. — Mon âme est ensanglantée, ma lèvre peut bien l’être. — Adieu, femme chérie ! Il faut que nous nous séparions. — Je me repens de tout mon cœur du mal que je t’ai fait.