Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/235

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une démonstration déchirante, pour me prémunir — contre une douleur mortelle. Mais, hélas ! — tendre sœur de notre sexe, — votre chagrin me frappe si ardemment — qu’il doit se réverbérer contre — le cœur de mon frère et l’échauffer jusqu’à la pitié, — fût-il fait de pierre. Remettez-vous, de grâce !


THÉSÉE.

— En avant ! au temple ! n’omettons pas un détail — de la cérémonie sacrée !


PREMIÈRE REINE.

Oh ! cette célébration — durera plus longtemps et sera plus coûteuse que — la guerre implorée par vos suppliantes. Souvenez-vous que votre renommée — tinte à l’oreille du monde : ce que vous faites vite — n’est pas fait étourdiment ; votre pensée première est supérieure — à la réflexion laborieuse des autres ; votre préméditation — est plus forte que leurs actions ; mais, ô Jupiter ! vos actions, — dès qu’elles se meuvent, comme des orfraies fondant sur le poisson, — subjuguent avant de toucher ! Songez-vous, cher duc, — quels lits ont nos rois tués ?


DEUXIÈME REINE.

Quelle angoisse pour nos lits — que nos chers époux n’en aient plus !


TROISIÈME REINE.

Ils n’ont pas le lit qu’il faut aux morts. — À ceux qui, fatigués de la lumière de ce monde, ont, au moyen des cordes, — des couteaux, des poisons, des précipices, été envers eux-mêmes — les agents les plus horribles de la mort, à ceux-là la pitié humaine — accorde un peu de poussière et d’ombre.


PREMIÈRE REINE.

Tandis que nos époux — gisent couverts d’ampoules sous un soleil dévorant. — Et c’étaient de bons rois quand ils vivaient !