Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/241

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PALÉMON.

Oui : je plains — la détresse partout où je la trouve, mais celle surtout — qui, pour prix des sueurs d’un travail honorable, — ne reçoit qu’un dédain glacial.


ARCITE.

Ce n’est pas de cela — que j’ai voulu parler d’abord : le travail est un mérite — qui ne compte pas à Thèbes ; je parlais — des dangers qu’il y a pour nous, si nous voulons garder notre honneur, — à résider dans Thèbes, où tout mal — a la couleur du bien, où tout bien apparent — est un mal certain, où ne pas être exactement — pareil aux autres, c’est s’exposer à devenir un étranger, — et quelque chose comme un monstre.


PALÈMON.

Il est en notre pouvoir, — à moins que nous ne nous reconnaissions comme les disciples des singes, de — rester les maîtres de notre manière d’être. Qu’ai-je besoin — d’affecter l’allure d’autrui, qu’on ne peut attraper — sans manquer à la bonne foi, ou de m’enticher de la façon de parler d’un autre, quand — je puis me faire comprendre raisonnablement et sûrement, — en parlant sincèrement ma propre langue ? Suis-je donc obligé — par aucune noble obligation à suivre celui — qui suit son tailleur jusqu’au jour où le sort voudra — que son tailleur le poursuive ? Ou bien fais-moi savoir — pourquoi mon propre barbier est damné, et avec lui — mon pauvre menton, si ma barbe n’est pas taillée — juste au goût de tel favori ? Quels sont les canons — qui règlent la distance de ma rapière à ma hanche, — qui m’enjoignent de la balancer avec ma main, ou de marcher sur la pointe du pied — quand la rue n’est pas sale ? Je prétends être — le cheval de volée, ou je ne suis pas — de l’attelage !… Aussi bien, ces pauvres petites meurtrissures — n’ont pas besoin de plantain ; mais un fléau qui me déchire la poitrine, — presque jusqu’au cœur, c’est…