Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/249

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THÉSÉE.

— Par le cimier de Mars, je les ai vus dans la bataille, — pareils à deux lions, barbouillés de carnage, — faisant des trouées dans mes troupes épouvantées ; j’ai fixé mon attention — constamment sur eux ; car c’était un spectacle — digne des regards d’un dieu… Que m’a donc dit le prisonnier — à qui je demandais leur nom ?


LE HÉRAUT.

Avec votre permission, ils s’appellent — Arcite et Palémon.


THÉSÉE.

Justement ; ceux-là, ceux-là ! — Ils ne sont pas morts ?


LE HÉRAUT.

— Ils ne sont guère en état de vivre. Si on les avait pris — avant qu’ils eussent reçu leurs dernières blessures, on aurait — encore pu les sauver. Pourtant ils respirent, — et portent le nom d’hommes.


THÉSÉE.

Traitez-les donc comme des hommes ! — La lie de pareilles gens est un million de fois — supérieure au vin des autres. Que tous nos chirurgiens — se réunissent pour les guérir ; n’épargnez pas — nos plus précieux baumes, prodiguez-les ! Leur vie a plus de prix à nos yeux — que Thèbes tout entière. Plutôt que de les voir affranchis de cette captivité, et, comme ce matin, — alertes et libres, je voudrais les voir morts ; — mais j’aime quarante mille fois mieux — les voir en mon pouvoir — qu’au pouvoir de la mort. Emportez-les vite — loin de cet air vif, pour eux meurtrier, et donnez-leur tous les soins — qu’un homme peut offrir à un homme, et plus encore, pour ma gloire ! — Depuis que j’ai connu les alarmes, les violences, les exigences de l’amitié, — les provocations de l’amour, la passion, le joug d’une maîtresse, — le désir de la liberté, devenu fébrile et furieux, — m’a assigné pour but un idéal que la nature ne peut at-