Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/252

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Entre la fille du geôlier, traînant des nattes de jonc.

La voici qui vient.


LE GEÔLIER.

Votre ami et moi, nous parlions de vous par aventure, pour la vieille affaire ; mais en voilà assez pour le moment. Aussitôt que le remue-ménage de la cour aura cessé, nous mènerons l’affaire à fin : en attendant, veillez tendrement sur les deux prisonniers. Je puis vous dire que ce sont des princes.


LA FILLE DU GEÔLIER.

Ces nattes sont pour leur chambre. C’est dommage qu’ils soient en prison, et ce serait dommage qu’ils en fussent hors. Je pense qu’ils ont une patience à faire honte à l’adversité. La prison même est fière d’eux ; et ils ont tout l’univers dans leur chambre.


LE GEÔLIER.

Ils sont tous deux renommés pour être des hommes accomplis.


LA FILLE DU GEÔLIER.

Sur ma parole, je crois que la renommée bégaie sur leur compte. Ils supportent la douleur avec une fermeté au-dessus de tout éloge.


LE GEÔLIER.

Je les ai entendu citer comme les seuls qui se soient montrés dans la bataille.


LA FILLE DU GEÔLIER.

C’est fort vraisemblable ; car ce sont de nobles patients. Je me demande quelle attitude ils auraient eue, s’ils avaient été vainqueurs, eux qui avec une si noble constance savent extraire une liberté de la servitude, en faisant de la misère leur joie et de l’affliction un risible hochet.


LE GEÔLIER.

Vraiment !