Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/277

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fait connaître. — Peu m’importe ; je suis désespérée ! Si la justice — me découvre et me condamne pour ce que j’ai fait, des filles, — des vierges au cœur honnête, chanteront mon éloge funèbre, — et diront à la postérité que ma mort a été noble, — presque celle d’une martyre. Le chemin qu’il prendra — sera aussi mon chemin, j’y compte ; assurément, il ne peut — être assez inhumain pour me laisser ici. — S’il le fait, les filles ne se fieront plus — si aisément aux hommes. Et pourtant il ne m’a pas remerciée — de ce que j’ai fait ; non, il ne m’a pas même embrassée ; — et cela, il me semble, n’est pas si bien ! Et à peine — ai-je pu le décider à redevenir libre, — tant il avait de scrupules sur le tort qu’il faisait — à mon père et à moi. Pourtant j’espère — que, quand il réfléchira davantage, cet amour — prendra en lui plus de racine. Qu’il fasse — ce qu’il voudra de moi, pourvu qu’il me traite affectueusement ! — Car il doit me traiter ainsi, ou je proclamerai, — à sa face même, qu’il n’est pas un homme. Je vais immédiatement — lui procurer le nécessaire, et empaqueter mes hardes, — et je m’aventurerai dans n’importe quel sentier, — pourvu qu’il soit avec moi ! Près de lui, comme son ombre, — je demeurerai toujours. Avant une heure il y aura — un hourvari par toute la prison ; je serai alors — à embrasser l’homme qu’ils chercheront. Adieu, mon père. — Ayez beaucoup de prisonniers pareils, et de filles pareilles, — et vous serez vite réduit à vous garder vous-même. Maintenant, à lui !

Elle sort.