Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/279

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leurs titres à la couronne… Hélas ! hélas ! — pauvre cousin Palémon, pauvre prisonnier ! tu — songes si peu à mon bonheur que — tu te crois le plus fortuné des êtres de te trouver — si près d’Émilie ; tu me supposes à Thèbes, — et là misérable, quoique libre ; mais si — tu savais que ma maîtresse n’effleure de son souffle, et — que j’entends son langage, que je vis sous ses yeux, oh ! petit cousin, — quelle colère te saisirait !

Palémon, sortant d’un buisson, paraît chargé de chaînes, et montre le poing à Arcite.

PALÉMON.

Perfide parent ! — Tu t’apercevrais de ma colère, si ces insignes — de la prison m’étaient enlevés, et si cette main — tenait seulement une épée. Par tous les serments en un seul, — devant la justice de mon amour, je te ferais — confesser ta trahison. Ô toi, l’être le plus perfide — qui ait jamais porté un noble visage ! le plus dénué d’honneur — qui ait jamais eu de nobles dehors ! le cousin le plus faux — dont jamais le sang ait fait un allié ! tu dis qu’elle est à toi ! — Je prouverai sous mes chaînes, avec ces mains — désarmées, que tu mens, et que tu es — un vrai larron d’amour, un seigneur de paille, — indigne du nom même de vilain ! Si j’avais une épée, — et que ces entraves me fussent ôtées…


ARCITE.

Cher cousin Palémon !


PALÉMON.

— Fourbe cousin Arcite, parle-moi un langage — qui soit d’accord avec tes actes.


ARCITE.

Ne trouvant pas — dans le fond de mon cœur de jargon assez grossier — pour me conformer à votre vocabulaire, je m’astreins — à la dignité de cette réponse : C’est votre colère — qui s’abuse ainsi ; étant votre ennemie, — elle