Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/298

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PALÉMON.

— Plût au ciel que vous fussiez de même en tout, monsieur ! Je vous voudrais — aussi bon parent que vous me forcez à vous trouver généreux ennemi ; ce seraient alors mes embrassements — qui vous remercieraient, et non mes coups.


ARCITE.

Je regarderai les uns et les autres, — loyalement donnés, comme une noble récompense.


PALÉMON.

Eh bien, je vais m’acquitter envers vous.


ARCITE.

— Défiez-moi dans ces nobles termes, et vous vous montrerez — pour moi plus qu’une maîtresse. Plus de colère, — si vous aimez ce qui est honorable ! — Nous ne sommes pas nés pour bavarder, mon cher ! Quand nous serons armés, — et tous deux sur nos gardes, qu’alors nos furies — jaillissent violemment de nous, comme des marées qui se choquent. — Et alors on verra à qui l’héritage de cette beauté, — appartient vraiment ; sans reproches, sans bravades, — sans injures personnelles, sans toutes ces boutades — qui sont bonnes pour des filles ou des écoliers, on verra vite — si elle est à vous ou à moi. Voulez-vous vous armer, monsieur ? — Ou, si vous ne vous sentez pas encore dispos — et maître de vos forces premières, j’attendrai, cousin, — et chaque jour je viendrai vous réconforter, — à mes moments de loisir. Je veux du bien à votre personne, — et je souhaiterais presque de ne pas avoir dit que j’aimais cette femme, — quand j’aurais dû mourir ; mais, puisque je l’aime — et puisque j’ai à justifier mon amour, je ne dois pas reculer.


PALÉMON.

— Arcite, tu es un si brave ennemi — qu’il n’y a qu’un