Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/308

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— mais vous ne savez pas en faire usage. — Si vous désirez qu’ils vivent, imaginez un moyen — plus sûr que le bannissement. Ces deux hommes pourraient-ils vivre — et supporter leur agonie d’amour — sans vouloir se tuer l’un l’autre ? Chaque jour-ils se battraient pour vous ; à toute heure, publiquement, ils mettraient — votre honneur en question avec leurs épées ; soyez donc sensée, — et oubliez-les désormais ! Il y va de votre crédit — comme de mon serment, J’ai dit qu’ils mourraient. — Mieux vaut qu’ils succombent par la loi que l’un par l’autre. — Ne fléchissez pas mon honneur.


ÉMILIE.

Oh ! mon noble frère, — ce serment a été fait précipitamment, dans un accès de colère ; — votre raison ne le tiendra pas. Si de tels vœux — avaient force de volonté expresse, tout le monde devrait périr. — Aussi bien, j’ai un serment à opposer à votre serment, — un serment de plus de valeur, et à coup sûr plus charitable, — qui n’a pas été fait dans la passion, mais à bon escient.


THÉSÉE.

— Quel est-il, sœur ?


PIRITHOÜS.

Invoquez-le hautement, noble dame !


ÉMILIE.

— Vous avez juré de ne me refuser aucune demande — digne de mes modestes instances et de votre libre acquiescement : — je vous lie donc à votre parole ; si vous y manquez, — songez combien vous mutilez votre honneur… — Maintenant que je me suis faite solliciteuse, seigneur, je suis sourde — à tout, hormis à votre pitié… Comment leurs vies — pourraient-elles engendrer la ruine de mon nom ? Étrange opinion ! — Ce qui m’aime doit-il périr à cause de moi ? — Ce serait là une cruelle sagesse ! Élague-t-on — les jeunes rameaux élancés, déjà rouges de mille boutons, —