Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/309

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sous prétexte qu’ils peuvent se flétrir ? Oh ! duc Thésée, — les nobles mères qui pour eux ont tant souffert, — toutes les jeunes filles passionnées qui ont jamais aimé, — me maudiront, si vous tenez votre serment ; elles maudiront ma beauté, — et, dans leurs chants funèbres en l’honneur de ces deux cousins, — elles réprouveront ma cruauté et jetteront l’anathème sur moi, — jusqu’à ce que je sois méprisée de toutes les femmes. — Au nom du ciel, sauvez leurs vies et bannissez-les !


THÉSÉE.

— À quelles conditions ?


ÉMILIE.

Qu’ils jurent de ne plus — faire de moi l’objet de leurs querelles, de ne plus me connaître, — de ne plus mettre le pied dans ton duché, et d’être, — partout où ils voyageront, à jamais étrangers — l’un à l’autre.


PALÉMON.

Je veux être coupé en morceaux — avant de prendre cet engagement ! Oublier que je l’aime ! — Ô vous tous, grands dieux, méprisez-moi ce jour-là ! Bannis-nous, — je le veux bien, pourvu que nous puissions loyalement emporter — avec nous nos épées et notre cause. Autrement, pas de badinage, — et prends nos vies, duc ! Il faut que j’aime, et j’aimerai ; — et, pour cet amour, il faut que je tue mon cousin, et je l’oserai — sur quelque coin de terre que ce soit !


THÉSÉE.

Voulez-vous, Arcite, — accepter ces conditions ?


PALÉMON.

C’est un misérable, alors !


PIRITHOÜS.

Voilà des hommes !


ARCITE.

— Non, jamais, duc ! Il me serait moins pénible de mendier, — que d’accepter si bassement l’existence. Bien que