Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/315

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LE GALANT.

Non, monsieur ; pas bien ; — il n’est que trop vrai ; elle est folle !


PREMIER AMI.

Cela ne se peut pas.


LE GALANT.

— Croyez-moi, vous le verrez bien.


LE GEÔLIER.

Je soupçonnais à demi — ce que vous me dites. Que les dieux l’assistent ! — La cause, c’est son amour pour Palémon, — ou son inquiétude pour ma sûreté à la suite de cette évasion ; — peut-être l’un et l’autre.


LE GALANT.

C’est probable.


LE GEÔLIER.

Mais pourquoi toute cette précipitation, monsieur ?


LE GALANT.

— Je vais vite vous le dire. Tout à l’heure, comme je jetais ma ligne — dans le grand lac qui est derrière le palais, — tout patiemment occupé que j’étais de ma pêche, — d’une rive éloignée, encombrée de roseaux et de joncs, — j’ai entendu partir une voix, une voix perçante ; j’ai écouté attentivement, j’ai pu alors facilement reconnaître — que c’était quelqu’un qui chantait ; à en juger par la délicatesse de la voix, — un enfant ou une femme. J’ai alors abandonné ma ligne — à ses propres forces, je me suis approché, mais je n’apercevais pas encore — la personne qui faisait ce bruit, tant elle était enveloppée — par les joncs et les roseaux. Je me suis étendu à terre, — écoutant les paroles qu’elle chantait ; et alors, — à travers une petite éclaircie taillée par les pêcheurs, — j’ai reconnu votre fille.


LE GEÔLIER.

De grâce, poursuivez, monsieur.