Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/329

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paille, nous les bienheureuses… Hélas ! c’est une cruelle existence qu’on a dans l’autre endroit : brûler, frire, bouillir, siffler, hurler, déblatérer, jurer ! Oh ! on y fait un vilain concert ! Prenez-y garde ! si 1’on devient fou furieux, si l’on se pend ou si l’on se noie, c’est là qu’on va. Jupiter nous bénisse ! et là on est mis dans une chaudière de graisse d’usurier et de plomb fondu, en compagnie d’un million de coupe-bourse, pour y bouillir sans rémission comme une couenne de lard.


LE DOCTEUR.

Comme sa cervelle travaille !


LA FILLE DU GEÔLIER.

Les seigneurs et les courtisans qui ont fait des enfants à des filles sont dans cet endroit ; ils y restent dans le feu jusqu’au nombril, et dans la glace jusqu’au cœur, et là la partie coupable brûle, et la partie trompeuse gèle. En vérité, on pourrait trouver la punition bien cruelle pour une pareille vétille ! Croyez-moi, je vous assure que, pour en être quitte, on épouserait volontiers une sorcière lépreuse.


LE DOCTEUR.

Comme elle poursuit cette idée ! Ce n’est pas une démence superficielle, mais une mélancolie bien épaisse et bien profonde.


LA FILLE DU GEÔLIER.

Entendre là une fière grande dame et une fière bourgeoise hurler ensemble ! Je serais une brute d’appeler ça une bonne plaisanterie. L’une crie : Oh ! quelle fumée ! L’autre : Quel feu ! Celle-ci crie : Oh ! pourquoi ai-je fait ça derrière la tapisserie ? et alors elle pousse un hurlement ; celle-là maudit son galant et le pavillon de son jardin.

Chantant.
Je serai fidèle, mon étoile, ma destinée, etc.

LE GEÔLIER.

Que pensez-vous d’elle, monsieur ?