Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 2.djvu/11

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de John Lowin qui sous la Restauration tenait à Brentford l’auberge des Trois Pigeons, de Joseph Taylor qui mourut en 1653 et qui, suivant la tradition, avait joué Hamlet d’après les instructions même de l’auteur, et de ce Richard Robinson qui s’engagea dans l’armée de Charles ier, et fut tué d’un coup de pistolet par le fameux puritain Harrison. Donc Dryden devait être parfaitement informé. D’ailleurs, à en croire M. Knight, la pièce du jeune Shakespeare ne serait intitulée Périclès que par suite d’une grosse erreur typographique, l’intention du poëte ayant été très-probablement de l’appeler, non pas Périclès, mais Pyroclès, du nom du principal personnage d’un roman fort en vogue en 1590, l’Arcadie de Philippe Sidney. On voit que M. Knight se hasarde assez loin dans le champ des conjectures pour faire triompher son opinion.

Maintenant, entre toutes ces thèses diverses, quelle est la vraie ? Qui a raison ? Est-ce Pope déclarant que Shakespeare n’est pour rien dans Périclès, et éliminant impitoyablement « cette misérable pièce » du théâtre du maître ? Est-ce Steevens affirmant, d’accord avec Malone et avec la plupart des commentateurs modernes, que Périclès est la création d’un faiseur inconnu gracieusement retouchée par l’auteur d’Othello et représentée en 1608 avec le bienveillant concours de Shakespeare et de sa troupe ? Est-ce enfin M. Knight proclamant que Périclès, écrit et composé tout entier par le tout jeune Shakespeare, fut représenté pour la première fois au commencement même de la carrière dramatique du poëte ?

Pour pouvoir nous prononcer en connaissance de cause dans cette discussion, il est nécessaire d’examiner d’un peu près la pièce controversée.

Ce qui frappe tout d’abord dans Périclès, c’est la naïveté de la composition. Nous ne retrouvons plus ici cette unité profonde qui subordonne à une idée suprême les dévelop-