Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 2.djvu/268

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ADAM.

— On le dirait, car il est prodigieusement triste.


ALICE.

— Fût-il aussi furieux qu’Hercule en démence, — je le verrai. Oui, quand ta maison serait une maison de force, — je la raserai de mes mains jusqu’au sol, — si tu ne me donnes accès auprès de mon bien-aimé.


ADAM.

— Ah ! si vous vous impatientez ainsi, je m’en vais.


ALICE.

— Arrête, Adam ! Tu avais coutume d’être mon ami. — Demande à Mosby comment j’ai encouru sa colère. — Porte-lui de ma part cette paire de dés d’argent. — Avec ces dés-là, nous avons bien souvent joué des baisers ; — quand je perdais, je gagnais, et lui aussi. — Que Jupiter me fasse encore gagner et perdre ainsi !… — Et dis-lui, si son amour n’a pas décliné, — de venir ce matin devant ma porte — et de me saluer là, comme un étranger. — Cela, il peut le faire, sans suspicion ni danger.


ADAM.

— Je lui répéterai ce que vous dites, et sur ce, adieu.


ALICE.

— Fais-le, et un jour je te récompenserai de tous tes services.

Sort Adam.

— Je sais qu’il m’aime, mais il n’ose pas venir, — parce que mon mari est si jaloux ; — et puis tous ces voisins indiscrets qui bavardent — empêchent nos entrevues quand nous voudrions conférer ensemble. — Mais, si je vis, cet obstacle-là sera écarté. — Et toi, Mosby, qui viens me voir à la dérobée, — tu n’auras plus à craindre les propos mordants des hommes, — ni les regards d’Arden ; lui, il mourra aussi sûrement — que je l’abhorre et que je t’aime seul.