Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/326

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POLIXÈNE.—Quand je suis chez moi, seigneur, il fait tout mon exercice, tout mon amusement, toute mon occupation. Tantôt il est mon ami dévoué et tantôt mon ennemi, mon flatteur, mon guerrier, mon homme d’État, tout enfin : il me rend un jour de juillet aussi court qu’un jour de décembre ; et par la variété de son humeur enfantine, il me guérit d’idées qui m’épaissiraient le sang.

LÉONTES.—Ce petit écuyer a le même office près de moi : nous allons nous promener nous deux ; et nous vous laissons, seigneur, à vos affaires plus sérieuses.—Hermione, montrez combien vous nous aimez dans l’accueil que vous ferez à votre frère : que tout ce qu’il y a de plus cher en Sicile soit regardé comme de peu de valeur ; après vous et mon jeune promeneur, c’est lui qui a le plus de droits sur mon cœur.

HERMIONE.—Si vous nous cherchiez, nous serons à vous dans le jardin ; vous y attendrons-nous ?

LÉONTES.—Suivez à votre gré vos penchants : on vous trouvera, pourvu que vous soyez sous le ciel. (À part, observant Hermione.)—Je pêche en ce moment, quoique tu n’aperçoives point l’hameçon. Va, poursuis. Comme elle tient son bec tendu vers lui ! et comme elle s’arme de toute l’audace d’une femme devant son époux indulgent ! (Polixène, Hermione, sortent avec leur suite.) Les voilà partis ! M’y voilà enfoncé jusqu’aux genoux, me voilà cornard par-dessus les oreilles ! (A Mamilius.) Va, mon enfant, va jouer.—Ta mère joue aussi, et moi aussi : mais je joue un rôle si fâcheux, qu’il me conduira au tombeau au milieu des sifflets ; les mépris et les huées seront ma cloche funèbre. Va, mon enfant, va jouer. Il y a eu, ou je suis bien trompé, des hommes déshonorés avant moi ; et à présent, au moment même où je parle, il est plus d’un époux qui tient avec confiance sa femme sous le bras et qui ne songe guère qu’elle a reçu des visites en son absence, et que son vivier a été pêché par le premier venu, par monsieur Sourire, son voisin. Enfin, c’est toujours une consolation qu’il y ait d’autres hommes qui aient des grilles, et que ces grilles soient,