Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/367

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

fois amolli et fouillé par la bêche du fossoyeur, — sans que tu l’entendes : tu siffleras, — pour m’avertir, si tu entends approcher quelqu’un… — Donne-moi ces fleurs. Fais ce que je te dis. Va.


LE PAGE, à part.

— J’ai presque peur de rester seul — ici dans le cimetière ; pourtant je me risque.

Il se retire.

PÂRIS.

— Douce fleur, je sème ces fleurs sur ton lit nuptial, — dont le dais, hélas ! est fait de poussière et de pierres ; — je viendrai chaque nuit les arroser d’eau douce, — ou, à son défaut, de larmes distillées par des sanglots ; — oui, je veux célébrer tes funérailles — en venant, chaque nuit, joncher ta tombe et pleurer (131).

Lueur d’une torche et bruit de pas au loin. Le page siffle.

— Le page m’avertit que quelqu’un approche. — Quel est ce pas sacrilège qui erre par ici la nuit — et trouble les rites funèbres de mon amour ? — Eh quoi ! une torche !… — Nuit, voile-moi un instant.

Il se cache.


Entre Roméo, suivi de Balthazar qui porte une torche, une pioche et un levier.

ROMÉO.

— Donne-moi cette pioche et ce crocheteur d’acier.

Remettant un papier au page.

— Tiens, prends cette lettre ; demain matin, de bonne heure, — aie soin de la remettre à mon seigneur et père… — Donne-moi la lumière. Sur ta vie, voici mon ordre : — quoi que tu voies ou entendes, reste à l’écart — et ne m’interromps pas dans mes actes. — Si je descends dans cette alcôve de la mort, — c’est pour contempler les traits de ma dame, — mais surtout pour dé-