Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/349

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yeux enflammés — que nous lui avons vus au Capitole — quand il était contredit dans les débats par quelque sénateur.


CASSIUS.

— Casca nous dira de quoi il s’agit.


CÉSAR.

Antoine !


ANTOINE.

César !


CÉSAR.

— Je veux près de moi des hommes gras, — des hommes à la face luisante et qui dorment les nuits. — Ce Cassius là-bas a l’air bien maigre et famélique ; — il pense trop. De tels hommes sont dangereux (29).


ANTOINE.

— Ne le craignez pas, César ; il n’est pas dangereux : — c’est un noble Romain, et bien disposé.


CÉSAR.

Je voudrais qu’il fût plus gras, mais je ne le crains point. — Pourtant, si ma gloire était accessible à la crainte, — je ne sais quel homme j’éviterais — aussi volontiers que ce sec Cassius. Il lit beaucoup : — il est grand observateur, et il voit — clairement à travers les actions des hommes. Il n’aime pas les jeux, — comme toi, Antoine ; il n’écoute pas la musique ; — rarement il sourit, et il sourit de telle sorte — qu’il semble se moquer de lui-même et mépriser son humeur — de s’être laissé entraîner à sourire de quelque chose. — Des hommes tels que lui n’ont jamais le cœur à l’aise, — tant qu’ils voient un plus grand qu’eux-mêmes : — et voilà pourquoi ils sont dangereux. — Je te dis ce qui est à craindre plutôt — que ce que je crains, — car je suis toujours César. — Passe à ma droite, car je suis sourd de cette oreille, — et dis-moi sincèrement ce que tu penses de lui. —

César sort avec son cortège. Casca seul reste avec Brutus et Cassius.