Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/375

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mais aujourd’hui ils m’effraient. Il y a ici quelqu’un, — sans parler de ce que nous avons vu et entendu, — qui raconte d’horribles visions apparues aux gardes. — Une lionne a mis bas dans la rue ; — les tombeaux ont baillé et exhalé leurs morts. — Dans les nues se heurtaient de farouches guerriers de feu, — régulièrement formés en bataille par lignes et par carrés ; — et le sang tombait en bruine sur le Capitole. — Le bruit du combat retentissait dans l’air : — les chevaux hennissaient, les mourants râlaient ; — et des spectres criaient et hurlaient à travers les rues. — Ô César, ces choses sont inouïes, — et j’en ai peur.


CÉSAR.

Inévitables — sont les fins déterminées par les dieux puissants. — César sortira ; car ces prédictions — s’adressent au monde entier autant qu’à César.


CALPHURNIA.

— Quand les mendiants meurent, il n’apparaît pas de comètes ; — mais les cieux eux-mêmes éclairent la mort des princes.


CÉSAR.

— Les lâches meurent bien des fois avant leur mort ; — les vaillants ne sentent qu’une fois la mort. — De tous les prodiges dont j’ai jamais ouï parler, — le plus étrange pour moi, c’est que les hommes aient peur, — voyant que la mort est une fin nécessaire — qui doit venir quand elle doit venir.


Le serviteur rentre.

CÉSAR.

Que disent les augures ?


LE SERVITEUR.

— Ils voudraient que vous ne sortissiez pas aujourd’hui ; — en enlevant les entrailles d’une victime, — ils n’ont pu trouver le cœur de l’animal.