Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/376

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CÉSAR.

— Les dieux font par là honte à la couardise. — César serait un animal sans cœur, — si par peur il restait aujourd’hui chez lui. — Non, César ne restera pas… Le danger sait fort bien — que César est plus dangereux que lui : — nous sommes deux lions mis bas le même jour ; — mais moi, je suis l’aîné et le plus terrible. — Et César sortira.


CALPHURNIA.

Hélas ! monseigneur, — votre sagesse se consume en confiance. — Ne sortez pas aujourd’hui. Déclarez que c’est ma crainte — qui vous retient ici, et non la vôtre. — Nous enverrons Marc-Antoine au sénat ; — et il dira que vous n’êtes pas bien aujourd’hui. — Laissez-moi vous persuader à genoux.


CÉSAR.

— Soit ! Antoine dira que je ne suis pas bien, — et, pour te complaire, je resterai chez moi.


Entre Décius.

CÉSAR.

— Voici Décius Brutus : il le leur dira.


DÉCIUS.

— César, salut ! Bonjour, digne César ! — Je viens vous chercher pour aller au sénat.


CÉSAR.

— Et vous êtes venu fort à propos — pour porter nos compliments aux sénateurs, — et leur dire que je ne veux pas venir aujourd’hui. — Que je ne le puis, ce serait faux ; que je ne l’ose pas, plus faux encore. — Je ne veux pas venir aujourd’hui : dites-leur cela, Décius.


CALPHURNIA.

— Dites qu’il est malade.