Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/100

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c’est ça ; il a la semelle percée. Ce soulier troué est ma mère, et celui-ci est mon père. Dieu me damne, si ce n’est pas ça !… Maintenant, monsieur, ce bâton est ma sœur : car, voyez-vous, elle est aussi blanche qu’un lis et aussi mince qu’une badine. Ce chapeau est Nanette, notre servante. Je suis le chien… Non, le chien est lui-même, et je suis le chien… Oh ! le chien, c’est moi et je suis moi-même… Oui, c’est ça, c’est ça… Alors j’arrive à mon père. Père votre bénédiction ! alors, le soulier ne doit pas dire un mot à force de pleurer ; alors je dois embrasser mon père ; bon, il pleure encore plus… Alors j’arrive à ma mère… Ah ! si elle pouvait parler !… mais elle est comme abrutie… bon, je l’embrasse… Oui, c’est ça… voici exactement le soupir haletant de ma mère… Alors j’arrive à ma sœur ; écoutez le gémissement qu’elle fait… Alors le chien ne répand pas une larme et ne dit pas un mot pendant tout ce temps-là ; mais moi, voyez comme j’arrose la poussière de mes larmes !

Il geint.


Entre Panthéon.

PANTHÉON.

Lance, en avant, en avant ! à bord ! Ton maître est embarqué, et il faut que tu le rattrapes à force de rames. Qu’y a-t-il ? qu’as-tu à pleurer, l’homme ! En avant, âne ! Tu perdras la marée si tu tardes plus longtemps.


LANCE.

Peu importe si la marée est perdue : l’amarré que voici est si désagréable qu’on n’en a jamais vu de pire à l’amarre.


PANTHÉON.

Que veux-tu dire ? la marée est désagréable !


LANCE.

Oui, parbleu, celui que je tiens ici amarré : Crâbe, mon chien !