Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/111

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sion — sont arrêtés : je dois escalader sa fenêtre — à l’aide d’une échelle de corde ; tous les moyens — ont été concertés et combinés pour mon bonheur. — Bon Protée, viens avec moi dans ma chambre, — pour m’aider de tes conseils dans cette affaire.


PROTÉE.

— Allez devant ; je vous retrouverai : — il faut que j’aille au port pour faire débarquer — des effets dont j’ai grand besoin, — et alors, j’irai immédiatement vous rejoindre.


VALENTIN.

— Vous vous dépêcherez ?


PROTÉE.

Sans doute.

Valentin sort.

— De même que la flamme refoule la flamme, — et qu’un clou chasse l’autre, — ainsi le souvenir de mon premier amour — est tout à fait effacé par un objet plus nouveau. — Est-ce ma propre admiration ou l’enthousiasme de Valentin, — est-ce sa perfection véritable ou ma coupable illusion — qui font ainsi déraisonner ma raison ? — Cette femme est belle : mais elle est belle aussi, la Julia que j’aime, — que j’ai aimée, dois-je dire, car mon amour s’est fondu — comme une figure de cire devant le feu, — et ne garde plus vestige de ce qu’il était. — Il me semble que mon dévouement pour Valentin s’est refroidi, — et que je ne l’aime plus comme par le passé. — Ah ! mais j’aime trop, bien trop sa maîtresse : — voilà pourquoi je l’aime si peu, lui. — Combien je vais raffoler d’elle en la connaissant mieux, — moi qui déjà l’aime sans la connaître ! — je n’ai encore vu que son image, — et elle a ébloui les yeux de ma raison ; — mais quand je considérerai ses perfections, — il n’y a pas de raison pour que je n’en sois pas