Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/119

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LUCETTE.

— Si vous le croyez, eh bien, restez chez vous et ne partez pas.


JULIA.

Ah ! pour çà, non.


LUCETTE.

— Alors, partez sans songer à l’esclandre. — Si Protée approuve votre voyage quand vous arriverez, — peu importe qui le blâme quand vous serez partie : — j’ai peur qu’il n’en soit guère charmé.


JULIA.

— C’est la moindre de mes peurs, Lucette. — Mille serments, un océan de larmes — et des preuves infinies de son amour — me garantissent le bon accueil de Protée.


LUCETTE.

— Toutes ces choses servent les hommes trompeurs.


JULIA.

— Bien vils ceux qui en font usage pour ce vil objet ! — mais des étoiles plus fixes ont présidé à la naissance de Protée ; — ses paroles sont des engagements, ses serments des oracles ; — son amour est sincère, ses pensées sont immaculées ; — ses larmes, les pures messagères de son cœur ; — son cœur est aussi éloigné de la fraude que le ciel de la terre.


LUCETTE.

— Fasse le ciel que vous le retrouviez le même à votre arrivée !


JULIA.

— Ah ! si tu m’aimes, ne lui fais pas l’injure — d’avoir mauvaise opinion de sa loyauté : — tu ne mériteras mon amour qu’en l’aimant. — Viens tout de suite avec moi dans ma chambre, nous prendrons note de ce qui est nécessaire — à mon équipement pour ce voyage tant souhaité. — Je laisse à la disposition tout ce qui m’ap-