Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/120

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partient, — mes biens, mes terres, ma réputation. — Je ne te demande, en retour, que de m’expédier d’ici. — Allons, ne réponds pas, et vite à l’œuvre ! — Je suis impatiente de tant de retard.

Elles sortent.

Scène XI.


[Milan. Dans le palais ducal.]


Entrent le duc, Thurio et Protée.

LE DUC.

— Sire Thurio, veuillez, je vous prie, nous laisser un moment, — nous avons à causer d’affaires secrètes.

Sort Thurio.

— Maintenant, Protée, parlez, que me voulez-vous ?


PROTÉE.

— Mon gracieux seigneur, ce que je veux vous découvrir, — la loi de l’amitié m’ordonne de le cacher ; mais, quand je reporte ma pensée sur les faveurs — dont vous m’avez comblé, moi indigne, — je me sens stimulé par le devoir à révéler — ce que tous les biens de ce monde ne m’arracheraient pas. — Sachez, digne prince, que sire Valentin, mon ami, — a l’intention d’enlever votre fille cette nuit ; — c’est à moi-même qu’il a fait la confidence du complot. — Je sais que vous avez décidé de la donner — à ce Thurio que hait votre charmante fille : — si elle vous avait été ainsi enlevée, — c’eût été une grande vexation pour votre vieillesse. — Aussi, par déférence pour mon devoir, ai-je mieux aimé — traverser les plans de mon ami — que de laisser, en les cachant, s’entasser sur votre tête — un monceau de chagrins qui vous précipiteraient — à l’improviste dans une tombe prématurée.