Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/121

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LE DUC.

— Protée, je te remercie de ton honnête sollicitude : — en retour, dispose de moi tant que je vivrai. — Je m’étais souvent moi-même aperçu de leurs amours, — alors même qu’ils me croyaient profondément endormi : — et souvent je m’étais proposé d’interdire — à sire Valentin la compagnie de ma fille et ma cour ; — mais craignant de me tromper dans mes soupçons jaloux — et de disgracier injustement un homme, — tort que j’ai jusqu’ici toujours évité, — je lui ai fait bon visage afin de m’assurer — de ce que toi-même me dénonces en ce moment. — Juge combien j’étais inquiet, — sachant la tendre jeunesse si facile à séduire : — je la loge toutes les nuits dans une haute tourelle — dont je garde toujours la clef sur moi : — il est donc impossible de l’enlever.


PROTÉE.

— Sachez donc, noble seigneur, que, d’après le moyen qu’ils ont imaginé, il pourra monter à la fenêtre de sa chambre — et la faire descendre par une échelle de corde. — Cette échelle, le jeune amant est déjà parti la chercher, — et, comme il va tout à l’heure la rapporter par ici, — vous pourrez, s’il vous plaît, lui barrer le passage. — Mais, mon bon seigneur, prenez-vous-y assez adroitement — pour qu’il ne se doute pas de ma dénonciation. — Car c’est par amour pour vous, et non par haine pour mon ami, — que je me suis fait le révélateur de ce projet.


LE DUC.

— Sur mon honneur, il ne saura jamais — que j’ai eu de toi aucune lumière sur ceci.