Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/123

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LE DUC.

— Non, je t’assure. C’est une fille maussade, morose, revêche, — altière, désobéissante, entêtée, insensible au devoir, — qui ne se regarde pas plus comme mon enfant — qu’elle ne me redoute comme son père. — Bref, je puis le dire, son orgueil, réflexion faite, — m’a ôté tout amour pour elle ; — et, renonçant à attendre — le bonheur de mes vieux jours de sa piété filiale, — je suis désormais pleinement résolu à prendre femme — et à l’abandonner à qui voudra la recueillir. — Qu’elle ait donc sa beauté pour toute dot, — puisqu’elle fait si peu de cas de moi et de mes biens.


VALENTIN.

— Que puis-je pour Votre Grâce dans tout ceci ?


LE DUC.

— Mon cher, il y a ici à Milan une grande dame — dont je suis épris ; mais elle garde une froide réserve, — et ne fait aucun cas de ma vieille éloquence. — Eh bien, je te voudrais maintenant pour mon précepteur, — car il y a longtemps que j’ai désappris à faire la cour, — et d’ailleurs la mode du jour est changée. — Dis-moi donc comment je dois m’y prendre — pour attirer sur moi son plus radieux regard.


VALENTIN.

— Gagnez-la par des cadeaux, si elle ne tient pas compte de vos paroles. — Souvent les bijoux muets, avec leur genre silencieux, — émeuvent plus une âme de femme que de vives paroles.


LE DUC.

— Mais elle a repoussé un présent que je lui ai envoyé.


VALENTIN.

— Une femme repousse parfois ce qui la charme le plus. — Envoyez-lui-en un autre ; ne renoncez jamais