Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/161

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Qu’est-ce donc qu’il admire en elle, — que je ne pourrais lui faire admirer en moi, — si ce fol amour n’était pas un dieu aveuglé ? — Allons, pauvre ombre, allons, emporte cette ombre, — ta rivale.

Elle regarde le portrait.

Ô insensible forme ! tu vas être encensée, baisée, aimée, adorée ; et si son fétichisme avait du sens, — c’est ma personne qui devrait être idole à ta place. — Je veux te traiter bien par égard pour ta maîtresse — qui m’a bien traitée : n’était cela, je le jure par Jupiter, — j’aurais déjà crevé tes yeux inertes, — afin d’arracher à mon maître son amour pour toi !

Elle sort.

Scène XV.


[Milan. Une abbaye.]


Entre Églamour.

ÉGLAMOUR.

— Le soleil commence à dorer le ciel à l’occident ; — et voici bientôt l’heure — où Silvia doit me rejoindre à la cellule de frère Patrick. — Elle sera exacte ; car les amants ne manquent pas l’heure, — à moins que ce ne soit pour la devancer, — tant ils éperonnent leur empressement !

Entre Silvia.

— Voyez, la voici : heureux soir, madame !


SILVIA.

— Amen ! amen ! Allons, bon Églamour, — sortons par la poterne des murs de l’abbaye ; — je crains d’être suivie par des espions.