Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/169

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faire ma cour en soudard, à la pointe de l’épée, — vous aimer en dépit de l’amour, — vous forcer !


SILVIA.

— Ô ciel !


PROTÉE, la prenant dans ses bras.

Je te forcerai de céder à mes désirs.


VALENTIN, s’élançant.

— Ruffian, lâche cette rude et brutale étreinte ! — Ami de mauvais aloi !


PROTÉE.

Valentin !


VALENTIN.

— Ami vulgaire, sans foi ni amour, — comme sont les amis d’à présent, homme de trahison ! — tu as menti à mes espérances. Mes yeux seuls — pouvaient me convaincre de ceci. À présent je n’ose plus dire — que j’ai un seul ami vivant : tu me démentirais. — À qui pouvez-vous vous fier quand votre bras droit — est parjure à votre cœur ? Protée, — j’en suis navré, en détruisant pour jamais ma confiance en toi, — tu me rends étranger à l’humanité. — La blessure intime est la plus profonde. — Ô temps maudit, — où de tous les ennemis un ami est le pire (11) !


PROTÉE.

— Ma honte et mon crime me confondent. — Pardonne-moi, Valentin : si un cordial remords — est pour ma faute une rançon suffisante, — je te l’offre ici. Ma souffrance est aussi grande — que mon forfait.


VALENTIN.

Eh bien ! je suis payé (12) ! — Je t’admets encore une fois à l’honneur. — Celui qui n’est pas satisfait par le repentir, — n’appartient ni au ciel, ni à la terre : car le ciel et la terre se laissent fléchir. — La pénitence apaise