Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/172

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VALENTIN.

— Arrêtez ! arrêtez, vous dis-je ! c’est monseigneur le duc… — Votre Grâce est la bienvenue auprès d’un homme disgracié, — le proscrit Valentin.


LE DUC.

Sire Valentin !


THURIO.

— Voilà Silvia, et Silvia est à moi.


VALENTIN, l’épée à la main.

— Thurio, recule, ou tu te jettes dans les bras de la mort. — Ne te mets pas à la portée de ma colère. — Ne dis pas que Silvia est à toi ; si tu le répètes, Milan ne te reverra plus. La voici devant toi ! — Ose donc prendre possession d’elle par un seul attouchement ! — Je te défie d’effleurer ma bien-aimée d’un souffle.


THURIO.

— Sire Valentin, je ne me soucie pas d’elle, moi. — Bien fou est celui qui risquera — sa personne pour une fille qui ne l’aime pas. — Je ne la réclame pas, et ainsi elle est à toi !


LE DUC, à Thurio.

— Tu n’en es que plus dégénéré et que plus vil, — après tous les moyens que tu as employés pour l’avoir, — de l’abandonner à de si faciles conditions. — Ah ! par l’honneur de mes aïeux, — j’applaudis à ton ardeur, Valentin, — et je te tiens pour digne de l’amour d’une impératrice. — Sache-le donc, j’oublie ici tous mes anciens griefs, — j’efface toute rancune et je te rappelle dans nos foyers. — Réclame une grandeur nouvelle pour ton mérite incomparable, — et j’y souscris en te disant : Sire Valentin, tu es gentilhomme, et bien né : — prends ta Silvia, car tu l’as méritée.


VALENTIN.

— Je remercie Votre Grâce. Ce don me rend heureux.