Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/181

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rien, et qui, j’en suis bien sûr, — s’ils parlaient, compromettraient le salut de leurs auditeurs, — en les forçant à traiter le prochain d’imbécile ! — Je t’en dirai plus long une autre fois. — Crois-moi, ne pêche pas, avec l’amorce de la mélancolie, — la réputation, ce goujon des sots !… — Viens, bon Lorenzo… Au revoir, — je finirai mon sermon après dîner.


LORENZO.

— Allons ! Nous vous laissons jusqu’au dîner. — Il faut bien que je sois un de ces sages muets, — car Gratiano ne me laisse jamais parler.


GRATIANO.

— Bon ! Tiens-moi compagnie encore deux ans, — et tu ne reconnaîtras plus le son de ta propre voix.


ANTONIO.

— Adieu ! Je deviendrais bavard à cette école-là.


GRATIANO.

— Tant mieux, ma foi ! car le silence n’est recommandable — que dans une langue fumée ou dans une vierge non vénale. —

Gratiano et Lorenzo sortent.

ANTONIO.

Y a-t-il quelque chose dans tout cela ?


BASSANIO.

Gratiano est l’homme de Venise qui sait dire indéfiniment le plus de riens. Ses raisonnements sont comme deux grains de blé perdus dans deux boisseaux de menue paille ; vous les chercherez tout un jour avant de les trouver, et, quand vous les aurez, ils ne vaudront pas vos recherches.


ANTONIO.

— Çà, dites-moi maintenant, quelle est cette dame —