Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/197

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jure par mon amour, — les vierges les plus admirées de nos climats — ne l’en ont que plus aimé. Je ne voudrais pas changer de couleur, — à moins que ce ne fût pour ravir vos pensées, ma douce reine.


PORTIA.

— Dans mon choix je ne suis pas uniquement guidée — par l’impression superficielle d’un regard de jeune fille ; — d’ailleurs la loterie de ma destinée — m’ôte la faculté d’un choix volontaire. — Mais si mon père ne m’avait pas astreinte, — par sa sagesse tutélaire, à me donner pour femme — à celui qui m’obtiendra par le moyen que je vous ai dit, — vous, prince renommé, vous auriez autant de titres — que tous ceux que j’ai vus venir ici, — à mon affection.


MAROC.

C’est assez pour que je vous rende grâce. — Veuillez donc, je vous prie, me conduire à ces coffrets, — que je tente ma fortune. Par ce cimeterre — qui a égorgé le Sophi et un prince persan, — qui a gagné trois batailles sur le sultan Soliman, — je suis prêt à foudroyer de mon regard les regards les plus insolents, — et de ma bravoure le plus audacieux courage ; — à arracher les oursins de la mamelle de l’ourse, — et même à insulter le lion rugissant après sa proie, — pour te conquérir, ma dame ! Mais, hélas ! — si Hercule et Lychas jouent aux dés — à qui l’emportera, le plus beau coup — peut tomber par hasard de la main la plus faible, — et Alcide sera battu par son page. — Ainsi pourrais-je, guidé par l’aveugle fortune, manquer ce que peut atteindre un moins digne, — et en mourir de douleur !


PORTIA.

Il faut accepter votre chance ; — renoncez tout à fait à choisir, — ou jurez, avant de choisir, que, si vous faites