Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/199

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plutôt d’une honnête femme ; car mon père a eu quelque petite tache, il s’est parfois laissé aller, il avait certain goût…) Alors ma conscience me dit : Lancelot, ne bouge pas. Bouge, dit le démon. Ne bouge pas, dit ma conscience. Conscience, dis-je, vous me conseillez bien ; démon, dis-je, vous me conseillez bien. Pour obéir à ma conscience, je dois rester avec le juif mon maître qui, Dieu me pardonne, est une espèce de diable ; et, pour décamper de chez le juif, je dois obéir au démon qui, sauf votre respect, est le diable en personne. Mais, pour sûr, le juif est le diable incarné ; et, en conscience, ma conscience est une bien dure conscience de me donner le conseil de rester chez le juif. C’est le démon qui me donne le conseil le plus amical. Je vas décamper, démon ; mes talons sont à vos ordres ; je vas décamper !


Entre le vieux Gobbo, portant un panier.

GOBBO.

Monsieur ! Jeune homme ! c’est à vous que je m’adresse ! Quel est le chemin pour aller chez le maître juif ?


LANCELOT, à part.

Ô ciel ! c’est mon père légitime ! Comme il est presque aveugle et qu’il a la gravelle dans l’œil, il ne me reconnaît pas. Je vais tenter sur lui des expériences.


GOBBO.

Mon jeune maître, mon gentilhomme, quel est le chemin, je vous prie, pour aller chez le maître juif ?


LANCELOT.

Tournez à main droite, au premier détour, puis, au détour suivant, à main gauche, puis, morbleu ! au prochain détour, ne tournez ni à main droite, ni à main gauche, mais descendez indirectement chez le juif.