Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/212

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tambour — et l’ignoble fausset du fifre au cou tors, — n’allez pas grimper aux croisées, — ni allonger votre tête sur la voie publique — pour contempler ces fous de chrétiens aux visages vernis. — Mais bouchez les oreilles de ma maison, je veux dire mes fenêtres. — Que le bruit de la vaine extravagance n’entre pas — dans mon austère maison… Par le bâton de Jacob, je jure — que je n’ai nulle envie de souper dehors ce soir ; — mais j’irai… Pars devant moi, drôle, — et dis que je vais venir.


LANCELOT.

Je pars en avant, monsieur.

Bas, à Jessica.

Maîtresse, n’importe, regardez par la fenêtre.

Vous verrez passer un chrétien,
Bien digne de l’œillade d’une juive.

Sort Lancelot.

SHYLOCK.

— Que dit ce niais de la race d’Agar, hein ?


JESSICA.

— Il me disait : adieu, madame ; voilà tout.


SHYLOCK.

— C’est un assez bon drille, mais un énorme mangeur, — lent à la besogne comme un limaçon, et puis dormant le jour — plus qu’un chat sauvage ! Les frelons ne sont pas de ma ruche. — Aussi je me sépare de lui, et je le cède — à certain personnage pour qu’il l’aide à gaspiller — de l’argent emprunté… Allons, Jessica, rentrez ; — peut-être reviendrai-je immédiatement ; — faites comme je vous dis, — fermez les portes sur vous. Bien serré, bien retrouvé; — c’est un proverbe qui ne rancit pas dans un esprit économe.

Il sort.