Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/213

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JESSICA, regardant s’éloigner Shylock.

— Adieu ; si la fortune ne m’est pas contraire, — nous avons perdu, moi, un père, et vous, une fille.

Elle sort.

Scène IX.


[Toujours à Venise.]


Entrent Gratiano et Salarino, masqués.

GRATIANO.

Voici l’auvent sous lequel Lorenzo — nous a priés d’attendre.


SALARINO.

L’heure est presque passée.


GRATIANO.

— C’est merveille qu’il n’arrive pas à l’heure, — car les amants courent toujours en avant de l’horloge.


SALARINO.

— Oh ! les pigeons de Vénus volent dix fois plus vite — pour sceller de nouveaux liens d’amour — que pour garder intacte la foi jurée.


GRATIANO.

— C’est toujours ainsi. Qui donc, en se levant d’un festin, — a l’appétit aussi vif qu’en s’y asseyant ? — Où est le cheval qui revient — sur sa route fastidieuse avec la fougue indomptée — du premier élan ? En toute chose — on est plus ardent à la poursuite qu’à la jouissance. — Qu’il ressemble à l’enfant prodigue, — le navire pavoisé, quand il sort de sa baie natale, — pressé et embrassé par la brise courtisane ! — Qu’il ressemble à l’enfant prodigue, quand il revient, — les flancs avariés, les