Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/215

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même rougirait — de me voir ainsi transformée en garçon.


LORENZO.

— Descendez, car il faut que vous portiez ma torche.


JESSICA.

— Quoi ! faut-il que je tienne la chandelle à ma honte ? — Celle-ci est déjà d’elle-même trop, bien trop visible. — Quoi ! mon amour, vous me donnez les fonctions d’éclaireur — quand je devrais me cacher !


LORENZO.

N’êtes-vous pas cachée, ma charmante, — sous ce gracieux costume de page ? — Mais venez tout de suite : — car la nuit close est fugitive, — et nous sommes attendus à souper chez Bassanio.


JESSICA.

— Je vais fermer les portes, me dorer — encore de quelques ducats, et je suis à vous.

Elle quitte la fenêtre.

GRATIANO.

— Par mon capuchon, c’est une gentille et non une juive.


LORENZO.

— Que je sois maudit, si je ne l’aime pas de tout mon cœur ! — Car elle est spirituelle, autant que j’en puis juger ; — elle est jolie, si mes yeux ne me trompent pas ; — elle est fidèle, comme elle me l’a prouvé. — Aussi, comme une fille spirituelle, jolie et fidèle, régnera-t-elle constamment sur mon cœur.


Entre Jessica.

LORENZO.

— Ah ! te voilà venue ?… En avant, messieurs, partons ; — nos camarades nous attendent déjà sous leurs masques.

Il sort avec Jessica et Salarino.