Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/218

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— Eh ! c’est cette noble dame ! Tout le monde la désire : — des quatre coins du monde, on vient — baiser la châsse de la sainte mortelle qui respire ici. — Les déserts de l’Hyrcanie, les vastes solitudes — de l’immense Arabie, sont maintenant autant de grandes routes — frayées par les princes qui visitent la belle Portia ! — L’empire liquide, dont la crête ambitieuse — crache à la face du ciel, n’est pas une barrière — qui arrête les soupirants lointains : tous la franchissent, — comme un ruisseau, pour voir la belle Portia. — Un de ces trois coffrets contient sa céleste image. — Est-il probable que ce soit celui de plomb ? Ce serait un sacrilège — d’avoir une si basse pensée : ce serait trop brutal — de tendre pour elle un suaire dans cet obscur tombeau !… Croirai-je qu’elle est murée dans cet argent, — dix fois moins précieux que l’or pur ? — Ô coupable pensée ! Il faut à une perle si riche — au moins une monture d’or. Il est en Angleterre — une monnaie d’or sur laquelle la figure d’un ange — est gravée (20), mais c’est à la surface qu’elle est sculptée, — tandis qu’ici c’est intérieurement, dans un lit d’or, — qu’un ange est couché. Remettez-moi la clef. — Je choisis celui-ci, advienne que pourra.


PORTIA.

— Voici la clef, prenez-la, prince, et, si mon image est là, — je suis à vous.

Il ouvre le coffret d’or.

MAROC.

Ô enfer ! qu’avons-nous là ? — Un squelette, dans l’œil duquel — est roulé un grimoire. Lisons-le :

Tout ce qui luit n’est pas or.
Vous l’avez souvent entendu dire ;
Bien des hommes ont vendu leur vie,
Rien que pour me contempler :