Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/220

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gondole ; — en outre, Antonio a certifié au duc — qu’ils n’étaient pas sur le navire de Bassanio.


SOLANIO.

~ Je n’ai jamais entendu fureur aussi désordonnée, aussi étrange, aussi extravagante, aussi incohérente — que celle que ce chien de juif exhalait dans les rues : — Ma fille !… ô mes ducats !… ô ma fille ! — Enfuie avec un chrétien !… oh ! mes ducats chrétiens ! — Justice ! La loi !… mes ducats et ma fille ! — Un sac plein, deux sacs pleins de ducats, — de doubles ducats, à moi volés par ma fille !… — Et des bijoux !… deux bourses, pleines des plus précieux bijoux, — volées par ma fille !… Justice ! qu’on retrouve la fille ! — Elle a sur elle les bourses et les ducats !


SALARINO.

— Aussi, tous les enfants de Venise le suivent — en criant : Ohé ! sa fille, sa bourse et ses ducats !


SOLANIO.

— Que le bon Antonio soit exact à l’échéance ; — sinon, il payera pour tout cela.


SALARINO.

Pardieu ! vous m’y faites songer : — un Français avec qui je causais hier — me disait que, dans les mers étroites qui séparent — la France et l’Angleterre, il avait péri — un navire de notre pays, richement chargé. — J’ai pensé à Antonio quand il m’a dit ça, — et j’ai souhaité en silence que ce ne fût pas un des siens.


SOLANIO.

— Vous ferez très-bien de dire à Antonio ce que vous savez ; — mais pas trop brusquement, de peur de l’affliger.


SALARINO.

— Il n’est pas sur la terre de meilleur homme. — J’ai vu Bassanio et Antonio se quitter. — Bassanio lui disait