Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/223

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d’argent ! — Dis-moi une fois de plus quelle devise tu portes :

Qui me choisit, obtiendra ce qu’il mérite.

— Bien dit. Qui en effet voudrait — duper la fortune en obtenant des honneurs — auxquels manquerait le sceau du mérite ? que nul n’ait la présomption — de revêtir une dignité dont il est indigne ! — Ah ! si les empires, les grades, les places — ne s’obtenaient pas par la corruption, si les honneurs purs — n’étaient achetés qu’au prix du mérite, — que de gens qui sont nus seraient couverts, — que de gens qui commandent seraient commandés ! Quelle ivraie de bassesse on séparerait — du bon grain de l’honneur ! Et que de germes d’honneur, — glanés dans le fumier et dans le rebut du temps, — seraient mis en lumière !… Mais faisons notre choix.

Qui me choisit, obtiendra ce qu’il mérite.

— Je prends ce que je mérite. Donnez-moi la clef de ce coffret, — que j’ouvre ici la porte à ma fortune !

Il ouvre le coffret d’argent.

PORTIA.

— Ce que vous y trouvez ne valait pas cette longue pause.


ARAGON.

— Que vois-je ? Le portrait d’un idiot grimaçant — qui me présente une cédule ! je vais la lire. — Que tu ressembles peu à Portia ! — Que tu ressembles peu à ce que j’espérais, à ce que je méritais !

Qui me choisit, aura ce qu’il mérite.

— Ne méritais-je rien de plus qu’une tête de niais ? — Est-ce là le juste prix de mes mérites ?


PORTIA.

— La place du coupable n’est pas celle du juge : — ces deux rôles sont de nature opposée.