Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/224

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ARAGON.

— Qu’y a-t-il là ?

Le feu m’a éprouvé sept fois ;
Sept fois éprouvé doit être le jugement
Qui n’a jamais mal choisi.
Il est des gens qui n’embrassent que des ombres ;
Ceux-là n’ont que l’ombre du bonheur.
Il est ici-bas, je le sais, des sots
Qui ont, comme moi, le dehors argenté.
Menez au lit l’épouse que vous voudrez,
Je serai toujours la tête qui vous convient.
Sur ce, partez : vous êtes expédié.

— Plus je tarderai ici, plus j’y ferai sotte figure. — J’étais venu faire ma cour avec une tête de niais, — mais je m’en vais avec deux. — Adieu, charmante ! Je tiendrai mon serment, — et supporterai patiemment mon malheur.

Sort le prince d’Aragon avec sa suite

PORTIA.

— Ainsi, le phalène s’est brûlé à la chandelle. — Oh ! les sots raisonneurs ! Quand ils se décident, — ils ont l’esprit de tout perdre par leur sagesse.


NÉRISSA.

— Ce n’est point une hérésie que le vieux proverbe : pendaison et mariage, questions de destinée !


PORTIA.

— Allons ! ferme le rideau, Nérissa.


Entre un messager.

LE MESSAGER.

— Où est madame ?


PORTIA.

— Ici ; que veut monseigneur ?


LE MESSAGER.

Madame, il vient de descendre à votre porte — un