Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/230

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SHYLOCK.

Je remercie Dieu, je remercie Dieu ! Est-ce bien vrai ? Est-ce bien vrai ?


TUBAL.

J’ai parlé à des matelots échappés au naufrage.


SHYLOCK.

Je te remercie, bon Tubal !… Bonne nouvelle ; bonne nouvelle. Ha ! ha ! Où ça ? à Gênes ?


TUBAL.

Votre fille a dépensé à Gênes, m’a-t-on dit, quatre-vingts ducats en une nuit !


SHYLOCK.

Tu m’enfonces un poignard… Je ne reverrai jamais mon or. Quatre-vingts ducats d’un coup ! quatre-vingts ducats !


TUBAL.

Il est venu avec moi à Venise des créanciers d’Antonio qui jurent qu’il ne peut manquer de faire banqueroute.


SHYLOCK.

J’en suis ravi. Je le harcèlerai, je le torturerai ; j’en suis ravi.


TUBAL.

Un d’eux m’a montré une bague qu’il a eue de votre fille pour un singe.


SHYLOCK.

Malheur à elle ! Tu me tortures, Tubal : c’était ma turquoise ! Je l’avais eue de Lia, quand j’étais garçon : je ne l’aurais pas donnée pour une forêt de singes.


TUBAL.

Mais Antonio est ruiné, certainement.


SHYLOCK.

Oui, c’est vrai, c’est vrai. Va, Tubal, engage-moi un exempt, retiens-le quinze jours d’avance… S’il ne paye pas, je veux avoir son cœur : car, une fois qu’il sera hors