Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/243

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— je réclame mon billet : ainsi, ne me parle plus. — On ne fera pas de moi un de ces débonnaires, à l’œil contrit, — qui secouent la tête, s’attendrissent, soupirent et cèdent — aux instances des chrétiens. Ne me suis pas : — je ne veux pas de paroles, je ne veux que mon billet.

Sort Shylock.

SALARINO.

— C’est le mâtin le plus inexorable — qui ait jamais frayé avec des hommes.


ANTONIO.

Laissons-le ; — je ne le poursuivrai plus d’inutiles prières. — Il en veut à ma vie ; je sais sa raison : — j’ai souvent sauvé de ses poursuites — bien des gens qui m’ont imploré ; — voilà pourquoi il me hait.


SALARINO.

Je suis sûr que le doge — ne tiendra pas cet engagement pour valable.


ANTONIO.

— Le doge ne peut arrêter le cours de la loi. — Les garanties que les étrangers trouvent — chez nous à Venise ne sauraient être suspendues — sans que la justice de l’État soit compromise — aux yeux des marchands de toutes nations dont le commerce — fait la richesse de la cité. Ainsi, advienne que pourra ! Ces chagrins et ces pertes m’ont tellement exténué — que c’est à peine si j’aurai une livre de chair — à livrer, demain, à mon sanglant créancier. — Allons, geôlier, en avant !… Dieu veuille que Bassanio vienne — me voir payer sa dette, et le reste m’importe peu.

Ils sortent.